HOMELIE DU PERE PHILIPPE

Dimanche 19 janvier 2020

2° ordinaire A
Jean 1,29-34.

                                    Le premier point, qui me touche dans cet Évangile, c’est le regard de Jean le Baptiste. L’évangéliste note : « Jean voyait Jésus venir vers lui » … En regardant, Jean fait attention à chaque personne. C’est un peu le regard de l’ami de la famille en face du nouveau-né, qui dit à tous : soyez heureux, ce petit homme ira loin ! On est loin du regard de celui, ou celle, qui te serre la main, sans te voir, car son regard est déjà tourné vers la personne, qu’il va saluer après toi ! Nos regards sont parfois pauvres et limités.

            Le regard de Jean le Baptiste, qui sera aussi celui de Jésus, tout au long de l’Évangile, doit nous interpeller aujourd’hui. Ce regard témoigne de la qualité de présence de Jean le Baptiste à son quotidien. C’est aussi un regard, qui le décentre de lui-même. Ses disciples le regardaient comme une icône, et il va leur révéler qu’il voit parmi eux celui, qui est plus grand que lui. Et de ce fait il invite ses disciples à affiner leur regard. Jean le Baptiste voyait l’invisible, comme ce sera le cas du centurion romain, qui, au pied de la croix, s’écrira : « Cet homme était vraiment le fils de Dieu » !

                                    Et Jean le Baptiste va dire autour de lui, ce qu’il voit et que les autres ne voient pas : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » ! En regardant Jésus venir à lui, il voit le Christ, épousant la misère humaine pour la sauver.

 

Mais, quel est cet « Agneau de Dieu » que voit Jean le Baptiste ? Est-ce l’agneau Pascal, immolé, en mémorial de la libération du peuple esclave en Égypte ? Ou est-ce l’agneau immolé et vainqueur décrit dans le livre de l’Apocalypse (5,6 et 12) ? Ou est-ce l’agneau qui n’ouvre pas la bouche, alors qu’il est conduit à l’abattoir, comme l’entrevoit le prophète Isaïe (53,4) ?

            Quand Saint-Jean écrit son Évangile, depuis 70 ans la communauté des croyants vivait l’Eucharistie. C’était pour eux, comme pour nous, le mémorial de la Pâque du Christ. En recevant le corps et le sang du Christ en communion, ils reconnaissaient l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Avant la communion, à chacune de nos messes, le prêtre reprend l’interpellation de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Et il communie le premier, en nous invitant à faire de même, en épousant son regard, qui voit l’invisible.

                                    En conclusion : le Christ est vivant et ne cesse de grandir en chacun de nous et dans le monde. Demandons-lui aujourd’hui de nous éclairer, comme il l’a fait pour Jean le Baptiste et de nous donner d’être aujourd’hui, comme lui, témoins de sa Présence et de son Amour.

Dimanche 6 janvier 2019

Epiphanie : Matthieu 2,1-12

                                    Nous fêtons aujourd’hui l’Epiphanie. Voilà un gros mot étranger à notre vocabulaire ordinaire ! Les gens du monde gréco-romain, avec ce terme, désignaient l’apparition secourable d’une divinité et parfois aussi la venue triomphale du souverain, dans leur ville. Saint-Paul, dans sa lettre à Tite (2,13) utilise ce terme à propos de la naissance de Jésus à Bethléem et quand il annonce sa deuxième venue dans la gloire à la fin des temps. En Orient, au quatrième siècle, on considéra la fête du baptême du seigneur, comme une épiphanie. L’épiphanie que nous célébrons ce jour est la manifestation du Christ aux nations. L’épiphanie de Noël était la manifestation de Dieu Sauveur à quelques bergers, marginaux de la société. Aujourd’hui, c’est la manifestation du Christ aux yeux du monde et même des nations païennes. Nous, aujourd’hui, faisons partie de ces nations…

                                    Ce récit d’évangile, que nous venons d’entendre, est une parabole ! La première communauté chrétienne voulait ainsi nous dépeindre l’aventure spirituelle du croyant de tous les temps. On peut relever trois actions des Mages :

            1) L’adoration ! Les mages cherchaient le Seigneur des seigneurs. Et qu’est-ce qui leur est donné à voir ? Un enfant sur la paille ! Voilà qui est déroutant et aurait pu les décourager ! Mais non, ils vont s’agenouiller et adorer Jésus, qu’ils reconnaissent comme celui que le monde attendait… Dans la vraie vie, ce migrant que nous croisons, ce « gilet jaune » qui n’arrive pas à boucler ses fins de mois et qui nous ralentit, ce pauvre qui mendie à la porte de notre église… tous ces gens sur la paille… Est-ce que cela nous amène à l’adoration ? « Ce que vous avez fait à l’un de ses petits, c’est à moi que vous l’avez fait » dit Jésus (Matthieu 25) !

 

2) L’offrande ! Toujours l’adoration conduit à l’offrande. C’est ce que font les mages… Les mages nous renvoient à nous-mêmes, nos misères, nos biens, nos talents ! Qui n’a pas ses propres misères ? Et qu’est-ce que j’en fais ? Je peux les ruminer, jusqu’à agacer mon entourage. Cela se passe alors, comme quand dans le plat que tu cuisines il y a un peu de piment ! Plus tu réchauffes le plat, plus le plat devient piquant. Et tu deviens de plus en plus malheureux, ainsi que celles et ceux qui t’entourent, bien que tu leur dises : « je ne souhaite à personne, ce que l’autre m’a fait » … « Ta misère, elle regarde le seigneur. Les autres attendent ta joie », disait Saint-François-d ’Assise ! L’offrande c’est se désapproprier de soi-même et s’ouvrir à l’action de Dieu. Au quatrième siècle, Saint-Jean Chrysostome disait : « Avant d’adorer… décharge toi, de tout ce qui t’encombre » … Quelle belle offrande ! C’est l’offrande de notre petitesse, qui plaît à Dieu !

            3) Lève-toi et marche ! Bethléem, c’était bien ; mais les mages vont se remettre en marche. Ils vont revenir dans leur pays et devenir témoins de cette bonne nouvelle. Voilà que le message déborde les frontières d’Israël. Cela devient un message universel.

                                    Cette eucharistie nous met en marche ! Comme les mages recueillons les signes qui nous sont donnés au quotidien, afin que toute notre vie témoigne que Emanuel, Dieu, est là au cœur de notre vie. Le corps du Christ est là, dans le plus petit de nos frères.

1° janvier 2020,

Sainte Marie mère de Dieu, journée mondiale pour la Paix

Luc 2,16-21.

Bonne année ! Je sacrifie à la Tradition et c’est une bonne chose, car ça nous donne, en ces jours, de faire un pas les uns vers les autres. Cette fête nous permet aussi d’évaluer le temps qui passe : où ai-je gagné du temps, ou ai-je perdu du temps ! Nous commençons aujourd’hui, le reste de notre vie.et si, sous le regard du Seigneur, nous essayons de réussir ce que nous n’avons pas pu réaliser en 2019 ?

            La Bible aussi formule des vœux. Le livre des nombres nous dit : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ». Chacun de nous a traversé des épreuves en 2019 ; mais la Bible nous dit que la bénédiction de Dieu nous est toujours offerte. Bénédiction, nous vient du latin : dire du bien ! Dès le début de la Bible, avec le poème de la création, il nous est dit que Dieu vit que cela était bon et qu’il bénit sa créature et l’homme et la femme. Au lendemain des attentats de Paris, en novembre 2015, le pape François disait : « utiliser le nom de Dieu, pour justifier la haine et la violence, c’est un blasphème ». Dieu nous veut du bien !

                                    L’église, en ce jour nous invite à nous tourner vers Marie, mère de Dieu.

L’Évangile nous dit que : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Elle relit en pensée les pages de sa vie, de la crèche crucifiement. Elle y découvre le chemin, ou Dieu la conduisait. Cette relecture l’ouvre à l’action de grâces, pour toutes les merveilles que Dieu a réalisées au cours de l’histoire biblique.

            C’est cette attitude, que l’église nous invite à adopter. Marie « retenait et méditait » les événements. À l’aube de cette nouvelle année, on ne peut pas faire table rase du passé. Il nous faut retenir, puis méditer à la lumière de l’Évangile les événements d’hier…

                                    Le premier de l’an est aussi la journée mondiale de la Paix ! Celui dont nous célébrions la venue à Noël, est aussi appelé « le Prince de la Paix ». Par sa vie donnée jusqu’à la croix, il a tué la haine et réconcilié tous les hommes avec Dieu, c’est avec lui, que 2020 sera une bonne année. Le 1er janvier 2013 le pape François disait : « Si les droits de l’être humain sont sauvegardés, de même que l’égale dignité de tous, sans discrimination ni distinction, la non-violence, comme méthode politique, peut alors devenir une voie réaliste pour le dépassement des conflits armés. Dans cette perspective, il est important que l’on reconnaisse toujours davantage la force du droit, au lieu du droit de la force ».

            Alors : « Que Dieu fasse briller sur toi son visage ; qu’il t’apporte la Paix », comme disait le livre des Nombres. Le Père François Varillon, dans son livre « la Parole est mon Royaume », écrivait : « Quand je fais mon travail d’homme, qui est d’humaniser les relations entre les personnes, le Christ fait son travail de Dieu : il divinise ce que moi j’humanise ».

            Alors, avec les Pères Ted Annick, François, Christophe, Stéphane et le diacre Bruno, je vous souhaite une bonne année.

 

Dimanche 29 décembre 2019 

Fête de la sainte Famille  – Matthieu 2,13…23.

                                    En ce temps de Noël, l’Eglise nous invite à fêter la Sainte-Famille. Qu’est-ce que ça veut dire : Sainte ? Cela signifie qui appartient à Dieu. On peut dire que Dieu a pris famille, comment prend racine, en venant dans le monde ! Aujourd’hui comme tout au long de l’année, Mathieu fait référence aux saintes écritures, pour nous montrer comment elles sont accomplies avec la venue de Jésus-Christ.

            Le premier rapprochement que l’on peut faire avec l’Ancien Testament, c’est avec l’histoire de Moïse, 12 siècles auparavant. À cette époque, le peuple d’Israël était en esclavage en Égypte et pharaon ordonna de tuer tous les garçons le jour de leur naissance. Un seul réchappa, car sa mère l’avait déposé sur le Nil, dans une corbeille : Moïse. Et ce rescapé allait devenir le libérateur de son peuple, avec la Grâce de Dieu. Comme Jésus, échappant au massacre des saints innocents, va devenir le sauveur de l’humanité. Dieu avait dit à Moïse : « C’est un prophète, comme toi, que je leur susciterai au milieu de leurs frères », (Deutéronome 18,18). Voilà la promesse accomplie ! Et saint Matthieu cite le prophète Osée (11,1) : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit : D’Égypte j’ai appelé mon fils » ! Jésus, nouveau Moïse est ainsi désigné comme fils de Dieu.

                                    Une fois tous les 3 ans, l’Eglise nous invite à visiter la Sainte-Famille, sous le prisme de Saint-Joseph ! Le jeune couple, fuyant la violence meurtrière du roi Hérode, partage le sort tragique de millions de réfugiés, chassés de leur maison par la brutalité des gouvernements et des soldats. Dès sa naissance, Jésus a connu les épreuves des pauvres et des opprimés et tout au long de l’Évangile, c’est toujours à eux, qu’il s’identifiera.

            L’histoire de Joseph commence par une affaire de doute sur la fidélité de son épouse. Mais il refuse de la renvoyer publiquement, car il l’aime trop pour salir sa réputation.

            « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère… » Joseph va se mettre debout et passer à l’action, sans un mot. Quatre messages du ciel lui sont adressés et il exécute ! C’est la nuit pour Joseph, mais il se lève et prend l’enfant et sa mère. « Lève-toi » ! « Lève-toi et marche », dira aussi Jésus à celles et ceux que les épreuves de la vie clouent sur place. D’autres fois, ce sont la propagande, la mode, les habitudes, le conformisme, la publicité, etc., qui nous endorment. Avec Joseph, nous avons à nous réveiller, à réveiller nos familles, à réveiller nos paroisses.

            En Jésus, Dieu ne se défend pas. De la naissance à Bethléem, à la crucifixion, Dieu laisse faire et pardonne. Aujourd’hui encore, Dieu se remet entre nos mains de croyants. Marie, Joseph et Jésus, peuvent être un modèle pour chacune de nos familles. Ils ont su assurer le « Dessein bienveillant de Dieu », pour que nous ayons « la Vie en abondance » (Jean X,X).

            La Sainte-Famille vivait de Dieu, parlait à Dieu, vivait pour Dieu. Alors, comme disait Saint-Paul : « Que tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit au nom du Seigneur ».

NOEL 2019

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc (2, 1-14).

Noel, c’est Dieu qui frappe à la porte de notre monde et Marie et Joseph qui lui ouvrent.

            Premier message ! Si Dieu se fait homme, c’est donc que c’est beau d’être un homme. Par sa venue dans notre condition humaine, Dieu nous dit combien tout homme est respectable.
            Deuxième message ! La naissance de Jésus nous fait entrevoir ce que sera toute sa vie. Il aurait pu frapper à la porte des grands de ce monde, celles et ceux qui connaissent et savent interpréter les Saintes Ecritures ! Non, il naît comme un sans-abri. Et cela le poursuivra toute sa vie. Il le dit lui-même : « Le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ». Il est né sur les planches d’une mangeoire et terminera sa vie sur deux planches croisées.
            Troisième message ! Qui l’accueille en cette nuit de Noël ? Les premiers à venir sont des bergers, personnes un peu frustres, qui vivent dans la campagne, en compagnie des animaux, marginalisés de la société bien-pensante. On ne les voit pas à la Synagogue ! Mais ils ont ce que beaucoup n’ont pas : Alors que le monde dort, ils veillent dans la nuit de Bethléem. Et tout au long de sa vie, nous le verrons accueillir tous ceux qui viennent à lui : ceux qui prient beaucoup, comme ceux qui ne se tournent vers Lui qu’au dernier moment.

À Noël, l’image traditionnelle du Dieu, Patriarche aux cheveux blancs, est mise à mal ! Cette fête nous montre la jeunesse éternelle de Dieu. Saint Augustin a écrit que c’est nous qui vieillissons ; mais que Dieu est toujours plus jeune que nous ! La joie de Noël c’est que nous sommes invités à partager la jeunesse de Dieu ! Saint-Jean écrit : » A tous ceux qui l’ont accueilli, Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Et Jésus dira plus tard : Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu.

                                    Le pape François, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la fondation du Secours Catholique, disait : « Si souvent, il y a des personnes oubliées : personne ne les regarde, personne ne veut les voir. Ce sont les pauvres, les faibles, relégués aux marges de la société, parce qu’ils sont considérés comme un problème. Au contraire, ils sont l’image de Jésus enfant, refusé, qui n’a pas trouvé d’accueil dans la ville de Bethléem. Alors, continue le pape : Cela peut-être votre engagement… Nous sommes en train de vieillir aussi du cœur, en perdant notre capacité de rêver d’un monde nouveau ». Et c’est vrai ! Bien des gens se sentent nerveux devant la nouvelle Europe qui se dessine. La peur de voir nos villes envahies par des migrants, pousse la déviance des nationalismes. À Noël Jésus vient parmi nous dans les enfants des autres, enfants d’étrangers, d’immigrants, enfants d’une autre foi, ou même sans foi. Essayons de les accueillir aussi, ils vont nous ouvrir un avenir plus large, que ce que nous pouvons imaginer. C’est parce que cela a manqué au temps de Jésus, que Jésus n’a pas eu le temps de vieillir !