Message adressé par le Père Philippe Parent, PARTICULIÈREMENT aux résidents de l’ EHPAD et pour tous

Saint Paul les Romans, jeudi 2 avril 2020.

Chers amis.

Je devais, ce matin à 11 h vous retrouver pour célébrer la messe ; mais, comme vous, je suis confiné à la cure. Nous vivons un temps exceptionnel, sans qu’on nous ait demandé notre avis. Comment allons-nous le prendre ?

Je peux vivre ce temps, comme une brimade de plus. Eh oui, en plus de mes yeux qui me trahissent parfois, en plus de mes oreilles qui ne veulent pas entendre, en plus de mes jambes, qui traînent, en plus, en plus, en plus… Je ne peux plus sortir, je ne peux plus recevoir, je suis coupé de mes proches, même entre résidents on nous impose une distance de sécurité… Qu’est-ce que je vais faire ? Je vais râler ; mais est-ce que ça améliorera mon ordinaire ? Je vais râler, mais quel effet cela va avoir sur tout le personnel qui s’assure de mon bien être et qui font des sacrifices pour être là à mes côtés, au risque de tomber malades ou de contaminer leur famille ?

Si nous relisons notre vie, nous nous rendons compte que toute notre vie n’a été qu’une succession d’expériences nouvelles : il a fallu apprendre à marcher, à faire du vélo, et nous en avons vécu des chutes ; mais nous nous sommes relevés, aidés par les uns et les autres. Il nous a fallu apprendre à vivre à deux, puis à quatre ou à six avec les enfants. Il nous a fallu apprendre à vivre en laissant partir nos enfants inventer leur propre vie. Il nous a fallu apprendre à vivre sans notre conjoint, parti avant nous. Et un jour il nous a fallu quitter notre maison pour nous retrouver ici, avec une santé défaillante. Que d’expériences, qui, parfois dans la douleur, nous ont enrichis et ont fait de chacun de nous ce que nous sommes aujourd’hui !
J’aime ce temps où chaque mois, je vous rejoins, car vous êtes beaux, grâce à toutes ces expériences traversées. En vous voyant chaque mois, j’apprends beaucoup de chacun de vous. Mais la vie n’est pas finie. D’autres expériences nous attendent ! Je me souviens d’une mamie, qui un jour de fête dans son Ehpad, avait dansé avec moi et elle avait 90 ans ! Tout en dansant, elle m’avait glissé à l’oreille : « C’est la première fois que je danse avec un curé » ! Je lui avais répondu que c’était peut-être pour cela que le Bon Dieu lui permettait de vivre encore aujourd’hui. Eh oui, nous n’en avons pas encore fini avec les expériences de la vie. La vie continue, comment allons-nous la prendre ?

Je peux vivre ce temps, comme le temps présent. Oui, comme un présent, c’est-à-dire un cadeau, même si son emballage ne correspond pas à ce que j’attendais. Je ne serai vraiment humain que lors ce que j’aurai épuisé toutes les expériences que la vie nous réserve. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à vivre ; mais pour cela nous ne sommes pas seuls. Tous ceux et celles que la Providence met sur notre route peuvent nous épauler. Merci à la Vie de faire que je ne sois jamais seul. Merci à la vie, qui comme la nature en ce moment, nous rappelle que le printemps est plus fort que l’hiver.

Bon courage à chacun, Je vous assure de ma prière fraternelle. A très bientôt.

Père Philippe Parent.

 

 

Dimanche 29  mars 2020 

5° de Carême A 

Jean 11,1-45.

                                               Jésus a un ami ! Lazare. Est-ce qu’il nous représente vous et moi ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, amis du Christ ? Mais Lazare est mort, ligoté, enterré et cela depuis 3 jours ! C’est ainsi que Jésus va retrouver son ami. Là, Jésus pleure, note l’Évangile, il ne dit rien. Comme chacun de nous, en visite à un ami à l’hôpital ou au cimetière. Le silence est parfois la seule réponse, que nous pouvons apporter au réel. Quand Jésus s’est approché, il a été bouleversé. Ce Lazare, ami de Jésus, c’est bien nous ! En bien des lieux notre humanité est ligotée, aveugle, sourde, sent mauvais. Et ce temps de confinement, que nous vivons, à cause du Corona virus, en est l’image. Comme Lazard ligotée au tombeau, notre vie sociale, économique et cultuelle est affectée. Mais plus intimement, en chacun de nous, il y a des zones d’ombre, des germes de mort spirituelle. Comme Lazare, pour Jésus, nous ne sommes qu’endormis. Il peut nous redonner vie.

            Jésus dit à ceux qui l’entourent : « Lazare, notre ami, s’est endormi, je vais aller le tirer de ce sommeil ». Ça se passe, comme dans le conte de la Belle au bois dormant ! Le prince embrasse la belle endormie. Alors elle se réveille et ils s’épousent. Jésus est venu pour épouser l’humanité. Il nous propose une alliance nouvelle.

            Que le Seigneur nous donne de comprendre que la question essentielle pour chacun de nous, n’est pas d’abord de pouvoir sortir du tombeau, après notre mort ; mais de passer des maintenant de la mort à la Vie, par notre adhésion de foi en la personne du Christ.

Maintenant, arrêtons-nous, sur la personnalité de Marthe : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». C’est peut-être notre réaction, comme celle de beaucoup de nos contemporains ! C’est aussi la réaction du croyant du premier Testament : (psaume 38,10) « Seigneur tous mes soupirs sont devant toi, et mes gémissements ne te sont pas cachés ».

                                               La réaction de Marthe nous dévoile sa foi. Dans la souffrance et la peine, elle prononce une parole de foi en la Résurrection au dernier jour, comme l’avait annoncé le prophète Ézéchiel. Et en face de Jésus Marthe ira encore plus loin : « Je crois que tu es la Résurrection et la Vie ». C’est le credo, que nous professons chaque dimanche ! À quoi Jésus répond : « Tout homme, qui croit en moi, ne mourra pas ». Pour Jésus, croire c’est vivre !

            Mais, comme pour Marthe, notre Foi est mise à l’épreuve, par le retard que Jésus prend, avant d’intervenir. Même les disciples ne comprennent pas, ce qui a poussé Jésus à attendre. En cela, nous comprenons, que nous n’échapperons pas à la mort biologique, comme lui, plus tard, le vendredi Saint. Mais retenons, que Jésus est en marche avec nous, pour que le néant de la mort, puisse devenir Vie.

                                    Seigneur, donne-nous, en ces temps, un peu de la Foi de Marthe.

Dimanche 22 mars 

4° de Carême A

Jean 9,1-41

                                    Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? C’est la grande question des enfants, qui découvrent le monde ! C’est la question des apôtres : « Pourquoi cet homme est-il aveugle ? Est-ce lui, ou ses parents, qui ont péché » ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi tant de migrants ? Pourquoi a-t-il quitté son pays et se retrouve-t-il à errer chez nous, demandent les représentants de l’ordre, mandatés par le gouvernement ? Est-ce pour cause politique, car si c’est un motif économique, on le renvoie tout de suite ? Pourquoi cette femme fait-elle la manche, sur le porche de l’église ? Pourquoi l’arrivée de ce virus et les conséquences de confinement qu’on nous impose ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Chacun de nous est resté un grand enfant ! Ce pourquoi révèle souvent le sentiment de jugement, qui nous habite. Pourquoi tu as le sida, qu’est-ce que tu as fait ?

            Le livre de Samuel (16,1–13) disait : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence ; mais le Seigneur regarde le cœur ». Dans l’Évangile, le regard de Jésus ne cherche pas de cause à la détresse ; mais se laisse émouvoir par la personne en souffrance

Prions avec sœur Faustine, qui disait : « Seigneur transforme moi entièrement en ta Miséricorde. Fait que mes yeux soient miséricordieux, pour que jamais je ne juge selon les apparences et ne soupçonne personne, mais que je vois, dans toutes les âmes, ce qu’elles ont de beaux et qu’à toutes, je sois secourable ».

                                    Au milieu de notre carême, nous sommes invités à la confiance. Dans ce passage d’évangile, l’aveugle ne demande rien, il fait confiance en l’homme de Nazareth. « L’action de Dieu doit se manifester », dit Jésus. C’est impératif, c’est urgent ! L’aveugle dira, après sa guérison : « Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ».

            Relevons le fait que Jésus va ouvrir 2 fois les yeux de cet aveugle de naissance ! Une première fois, il lui rend la vue, qui lui permet de voir les personnes et le monde qui l’entoure. Dans un 2e temps, il lui ouvre les yeux de la foi ! Saint-Jean dira, dans le prologue de son Évangile : « Le Verbe était la lumière, qui venant en ce monde, illumine tout homme ». Ayons confiance en Jésus-Christ, il se présente à nous, comme la lumière, qui rendra lumineuse notre vie.

            La suite de l’Évangile nous parlera de la Passion et de la mort du Christ. C’est là qu’il va assumer toutes les misères du monde. Jésus nous révèle un Dieu qui ne cherche pas les « Pourquoi », mais qui se fait solidaire de ceux qui sont « comme ça » et devient source de guérison pour tout homme.

            Comme à l’aveugle né, Jésus demande à chacun de nous : « Crois-tu au Fils de l’homme » ? Peut-être que, dans quelques instants, vous pourrez dire avec moi : « Je crois Seigneur ».

Dimanche 15 mars 2020 

3° de Carême A 

Jean 4,5-42.

                                 

            Aujourd’hui, Jésus met les pieds en pays hérétique et il va y demeurer deux jours. Et là une femme va l’aborder. Elle est considérée comme impure, car elle est de Damarie, car elle est femme et parce que’elle est une femme légère. A travers cette rencontre fortuite, Jésus montre que pour Dieu, il n’y a pas d’exclu. Jésus pulvérise la triple barrière érigée par la Loi juive, envers cette femme. À travers lui, aucun obstacle, de race, de cultures et de religions, ne peut te couper de Dieu qui vient à toi.

            Le puits près duquel ils se rencontrent est le point d’eau indispensable à la vie. Dans la Bible, c’est est aussi souvent le lieu où des mariages se nouent. Avec l’incarnation, Dieu veut épouser l’humanité.

            Elle était vraiment improbable, cette rencontre de Jésus ! On ne va pas puiser de l’eau, à midi, en plein cagnard, sauf si on veut éviter les rencontres. Quant à Jésus, en bon juif, il aurait dû emprunter la route de la vallée du Jourdain, pour éviter de passer en Samarie ! De plus, ce dialogue public, entre un homme et une femme, bafouait les convenances ! Et le pire, c’est que le juif se fait mendiant auprès de la Samaritaine : « j’ai soif, donne-moi à boire » ! Jésus se fait pauvre pour rejoindre cette personne. Il en sera de même, quand du haut de la croix, Jésus s’écrira : « j’ai soif » ! J’ai soif de soulager ta peine, ta cruche est trop lourde pour toi. J’ai soif de chacun d’entre vous, déchargez-vous sur moi, de ce poids qui vous habite…

« Si tu savais le don de Dieu » ! La Samaritaine a perçu ce don, ce que n’ont pas fait les acteurs de la Passion, ce qui fera dire à Jésus : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ! La Samaritaine est toute retournée : il m’a reconnu, mieux que je ne me connaissais moi-même. Il ne m’a pas jugée, ni même demandé de me convertir. J’étais seule et il m’a rejoint. Des fleuves d’eau vive jaillissent en elle.

                                    La Samaritaine, c’est chacun d’entre nous ! Elle était encombrée de questions, qui allait de sa cruche au débat religieux. Et voilà que sa rencontre avec Jésus la fait exister. Alors elle lui ouvre son cœur et accueille le pardon. Du coup, elle en abandonne sa cruche ! Elle va témoigner au village car elle est persuadée que l’eau, qui jaillit de nos cœurs de croyants, peut en abreuver d’autres. Oui, quand la soif de Dieu rejoint la soif de l’homme, l’eau vive peut jaillir.

            À la fin de notre célébration, les portes de l’église vont s’ouvrir et le prêtre nous dira : Allez dans la paix du Christ ! Allez dans vos Samaries, vos villages, vos maisons, Jésus y est déjà. Ne passez pas près du puits sans vous arrêter !

Dimanche 8 mars 2020 

2° de Carême 
Matthieu 17,1-9

                                    Rappelons-nous, mercredi des cendres, premier jour de carême, Jésus nous disait : Parfumez-vous la tête, lavez votre visage… et aujourd’hui, nous entendons l’Évangile de la transfiguration de Jésus. Sur la route de Jérusalem, Jésus, avec ses 3 plus fidèles amis, gravit la montagne. Là, il est transfiguré : son être profond déborde et passe à travers son corps. Un court instant, 3 humbles pêcheurs, vont, à travers lui, rayonner la lumière de Dieu.

            Ce dimanche nous invite au voyage ! Dimanche dernier, le carême nous était présenté, comme un temps de désert. Aujourd’hui il nous est présenté comme un temps de déplacement : sortir de notre vie tranquille et réglée et monter sur la montagne, à la rencontre du Seigneur, dans la joie. « Maître il est bon que nous soyons ici », dit Pierre. Et alors, une voix venant de la nuée lui dit : « Celui-ci est mon fils, celui que j’ai élu, écoutez-le » ! La voix du ciel reprend le psaume de (6–7, 12) qui disait : « Moi j’ai sacré mon Roi sur Sion, ma sainte montagne… le Seigneur m’a dit tu es mon Fils… »

On nous parle rarement de la garde-robe de Jésus, à travers l’Évangile ! Seulement aujourd’hui : « Son vêtement devint blanc, comme la lumière » Et au jour de la Passion, où Jésus est couronné d’épines et revêtu d’un vêtement pourpre, avant que lui soi-même enlevé sa tunique ! Aujourd’hui, Jésus est transfiguré, avant qu’il ne soit défiguré. Pour Pierre, Jacques et Jean, la randonnée sur la montagne, avec Jésus, n’était pas le but ! « Ne parlez de cette vision en personne, avant que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts », dit Jésus. La foi des apôtres sera ébranlée, quand ils le verront défiguré. Le but de la randonnée et là ! Quant à la passion ils se poseront la question : Est-ce que Dieu n’a pas abandonné son fils ?  La randonnée de ce jour éclairera leur discernement. Jésus veut laisser entrevoir à ses amis, à quelle lumière conduit la fidélité envers Dieu, jusqu’au bout.

            Voilà, qui rejoint notre vie. Nous sommes sensibles à la question, qui habitera les apôtres le vendredi Saint. L’actualité nous montre aujourd’hui, que l’homme est souvent défiguré, par la violence et l’égoïsme. Et la réaction de beaucoup de nos contemporains, c’est : Que fait le bon Dieu ? Mais si l’humanité nous fait honte parfois, en y regardant bien, on s’aperçoit que l’homme est aussi capable du meilleur. En chacun, il y a un peu de la lumière divine, qui veille. On en connaît tous de ces femmes et de ces hommes, non médiatisés, qui luttent, protestent, sèment secrètement de la paix et de l’amour, dans le don quotidien de leur vie. Elle est là, chaque jour sur la terre la transfiguration ! Tout homme et à l’image de Dieu. Tout homme est fils bien-aimé du Père. Tout homme peut être mon frère !

                                    Toutes nos actions de carême participent à cette Transfiguration. Jeûne, solidarité, prière… Que cette eucharistie nous envoie vers une transfiguration de la vie concrète, que nous allons retrouver en descendant de la montagne.

Dimanche 1° mars,

1° de Carême A 
Matthieu 4,1-11

                                    Pour rentrer dans la compréhension des épreuves que Jésus traverse au Désert, il nous faut resituer cet événement dans son contexte. Jésus vient d’être baptisé, dans le Jourdain, par Jean le Baptiste. Il entendu la voix du Ciel, qui disait : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. En lui, j’ai mis tout mon amour » ! Alors, Jésus est rempli de l’Esprit Saint.

            Jésus ne répond rien à cette Parole d’amour du Père ; mais se rend au désert. Et Matthieu note que c’est l’Esprit Saint, qui l’y conduit. Le désert, c’est le lieu où l’on se retrouve seul avec soi-même. C’est le lieu où Dieu peut nous rejoindre. Le désert c’est un lieu de précarité : on y a faim et soif, personne n’est là pour reconnaître notre valeur personnelle et on n’a plus de pouvoir sur le monde et sur les autres. Certains parmi vous ont fait cette expérience d’une retraite en désert. Plus de téléphone, plus de SMS, plus d’Internet. Un seul interlocuteur : Dieu et toi-même. Beaucoup font aussi cette expérience, quand le couperet de la retraite tombe ! Je me souviens d’un retraité de fraîche date, qui d’un œil dépité, contemplait son agenda désespérément vide ! Si on ne s’y est pas exercé, on n’entendra pas Dieu nous dire : « ma Grâce te suffit », comme il disait à Saint Paul, où « Va avec la force qui est en toi », comme il disait à Gédéon ! Le désert est le temps où une parole véritablement humaine peut surgir, on le constate tous les jours ! Dans notre carte de relations, les plus humains sont celles et ceux qui ont traversé des épreuves…

                                    Quelles sont les épreuves de Jésus ?

« Si tu es fils de Dieu » … ! Voilà la question existentielle ! C’est aussi, ce que Jésus entendra, à l’épreuve du crucifiement : « si tu es fils de Dieu, descend de la croix » ! C’est l’épreuve de notre filiation divine. Alors que la faim tenaille une grande partie de la planète, comment espérer une intervention divine ? Quand notre chemin croise des existences vides de sens, comment continuer à croire en un Dieu qui s’efface ? Quand notre société met Dieu à la retraite et que l’argent, le prestige et le pouvoir gouvernent le monde, comment croire encore, si Dieu ne nous donne pas un coup de pouce au quotidien ? Si je suis infiniment aimé du Père, pourquoi la faim, la faiblesse et la mort ?

            Ce sont ces questions existentielles, qui assaillent Jésus. Conduit par l’esprit, Jésus accepte ce vertige, qui fait partie de notre quotidien. Et là, au désert, Jésus retrouve la parole. Il refuse l’idolâtrie et renonce à toute forme de relation aux autres, fondées sur le pouvoir. « Et le verbe s’est fait chair », écrira Saint-Jean. Jésus devient cette parole du Père.

            À la suite de Jésus, fils de Dieu que tu es, tu dois apprendre à te laisser conduire par le Père : « Que ton Règne arrive, que ta Volonté soit faite », comme nous le disons avec la prière du Notre Père.

            Le seul pain véritable que Jésus donnera au monde, c’est celui du jeudi saint : « Prenez et mangez-en tous, ceci est mon Corps » ! Alors, « devenez ce que vous recevez », dira Saint Augustin. Je le mange, pour trouver la joie d’être « mangé », à mon tour !

Dimanche 23 février 2020

7° ordinaire A

 Lev.19,1-18 ; Matthieu 5,38-4

                                    Le jour de l’épiphanie, l’Évangile nous invitait à faire comme les mages : regarder vers le Ciel ! C’est à ce même regard, que Jésus nous appelle aujourd’hui. Regarde Dieu ! « Moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint ». La sainteté de Dieu et celle de l’amour.

            Le premier Testament nous présentait déjà Dieu, comme : « lent à la colère et plein d’amour ». Et Jésus dit : « Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes ». À l’époque, le soleil et la pluie étaient considérés comme des Bénédictions de Dieu.

            De plus, Jésus nous apprend que Dieu a des ennemis ! Dieu, tel que nous le présente Jésus, est Amour et tout ce qui est contraire à l’amour est ennemi de Dieu. Notre égoïsme, notre arrogance, notre volonté de puissance, notre orgueil, notre jalousie, notre méchanceté, tout cela est ennemi de Dieu. Mais Dieu aime chacun d’entre nous, quoi que nous fassions. Son amour n’est pas soumis à condition ! Dieu ne peut s’arrêter d’aimer. L’amour ne peut s’arrêter d’aimer, sans se renier lui-même. Dieu est constant dans le bien. L’amour n’a d’autre récompense, que d’aimer toujours plus.

                                    Alors, dit Jésus : Faites honneur à votre Père, « soyez parfaits, comme votre Père céleste est Parfait ». Et nous nous découvrons semblables au serviteur incapable de rembourser sa dette, dont parle Jésus dans une parabole ! L’amour exige le pardon.

 

Quand je vivais un temps de partage sur cet Évangile, un chrétien du groupe a dit : moi je n’ai pas d’ennemis. Serait-il arrivé à la perfection ? Personnellement, quand quelqu’un me dit ne pas avoir d’ennemis, ça m’inquiète ! Cela veut dire que cette personne a besoin d’une paire de lunettes ! Jésus nous invite à d’abord ouvrir les yeux sur nous-mêmes. Il est difficile de reconnaître un ennemi extérieur, et tout autant difficile de reconnaître notre ennemi intérieur.

            L’Amour a des ennemis ! Si une personne, un groupe ou un gouvernement lèse ou violente d’autres que nous, trop souvent nous préférons les ignorer. C’est plus simple ! On ferme les yeux, les oreilles et la bouche, comme les 3 petits singes ! Notre premier ennemi, c’est nous-mêmes. Jésus nous invite à sortir de l’aveuglement. Alors Jésus nous invite à regarder vers le Père. On dit que Dieu est juste, donc qu’il juge nos actions et on dit que Dieu est bon, pour ne pas dire « bonasse » et qu’il passe l’éponge ! Regarde Dieu, dit Jésus. C’est par ce qu’il est bon, qu’il est juste et parce qu’il est juste, qu’il est bon. Il connaît nos limites, mais ne nous accable pas. Il veut nous en délivrer, progressivement. L’important c’est que nous empruntions le chemin de l’amour.

            Regarde vers le Père et accueille son amour pour toi. Ensuite tu pourras le partager à celles et ceux qui croisent ton chemin. « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tend lui encore l’autre », dit Jésus. D’habitude on tend la joue pour recevoir un baiser ! Si on te gifle, recommence, dit Jésus ; mais pas avec la joue tuméfiée, car tu mettrais la personne en face de son péché. Tends l’autre joue, dit Jésus. C’est-à-dire, croit que cette personne a le pouvoir de t’embrasser, quoi qu’elle ait fait auparavant. C’est là le chemin pour aimer comme Dieu nous aime ! Là, tu vois bien, que le véritable ennemi à faire taire est en toi.

            Thérèse de Lisieux disait : « j’ai tout donné, légèrement je cours ! Je n’ai plus que ma seule richesse : aimer toujours ». À ceux qui reconnaissent leur impuissance, Dieu donne sa force : des torrents de grâces !

Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

Dimanche 16 février 2020

6° ordinaire A
Siracide 15,15-20 et
Matthieu 5,17-37.

                                    Imaginez qu’arrive un nouveau curé sur la paroisse Sainte Claire. Imaginez que dans l’édito de notre journal paroissial, il écrive : Avant que je sois là on vous a dit… Eh bien moi je vous dis… Il y a de grandes chances pour qu’on le regarde de travers ! On aurait l’impression, qu’il veut nous dire que tout ce que l’on nous a dit et fait jusque-là, ne donne rien de bon. Il se présente en Sauveur et vient changer les choses ! La stupeur, qui pourrait nous habiter, est aujourd’hui celle des docteurs de la Loi et des Pharisiens, en face de la venue de Jésus. Ils le considéraient comme prétentieux, ambitieux, noyé dans son amour-propre, qui dérange l’ordre établi !

À la loi, que reçu Moïse sur la montagne, et transcrite sur des tables de pierre, scribes et pharisiens avaient ajouté 1000 détails, ce qui la rendait impossible à observer. Dès lors, la loi voulait régler l’apparence. On avait oublié le prophète, qui disait au nom de Dieu : « Je mettrais ma Loi, au plus intime de leur cœur » !

C’est ce que vient rétablir Jésus. Puisque la loi interdisait de tuer son prochain, Jésus dit : Elle te demande d’aimer ton prochain, car la haine est la racine du meurtre. Et tout l’Évangile de ce jour est un traité de l’amour, que nous devons avoir les uns pour les autres, car Dieu est Amour. Jésus nous fait passer de l’extérieur, l’image que nous donnons à voir, à l’intérieur du cœur de l’homme. La loi condamnait l’adultère, Jésus ajoute que regarder une femme pour la désirer, est déjà un adultère dans le cœur, même si rien ne se voit à l’extérieur.

Aujourd’hui, Jésus veut nous faire passer du perfectionnisme proposé par la loi, au consentement. « Si tu veux, tu peux », disait Ben Sirac. Et il ajoutait : « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une et l’autre leur est donnée selon leur choix ». Il nous faut consentir à nos limites. Ne pas faire de serment, c’est ne pas s’engager sur des chemins qui ne sont pas de notre ressort ! « Quand vous dites oui, que ce soit oui, quand vous dites non, que ce soit non. Tout le reste vient du mauvais », dit Jésus. C’est consentir à la transparence. Jésus nous veut libre et responsable.

            Là est le chemin de la Sainteté, car c’est ce qu’a vécu Jésus parmi nous. En le voyant les gens disait : (Marc 7,37) « Tout ce qu’il fait est admirable » ! En cela, Jésus nous porte à Dieu. Le projet du Père, c’est que nous devenions l’image de son fils. Jésus respectait la loi, mais en s’ajustant aux intentions du Père, qui ont inspiré cette loi. C’est à cette liberté, que Jésus nous appelle. Plus nous contemplerons le Christ, plus il nous sera facile d’entrer dans le Règne de Dieu, même si, comme pour Jésus, ce chemin passe par la croix.     Seigneur, éclaire-nous sur ce que tu attends de chacun de nous, vis-à-vis de l’amour dont j’entoure mon conjoint, mes enfants, mes voisins…

Dimanche 9 février 2020

5° ordinaire A 
Matthieu 5,13-16.

                                    « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » ! Jésus voit grand pour nous, comme Il dira un jour : (Matthieu 5,48) « Vous donc, soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». À chaque page de l’Évangile, en nous révélant Dieu son père est notre Père, Jésus nous révèle qui est l’homme créé à l’image de Dieu. Un jour, Jésus avait dit : « Je suis la lumière du monde ». Un autre jour, sur la montagne, Pierre, Jacques et Jean l’avait vu transfiguré : « son visage resplendit comme le soleil ». Le psaume 75,5, le disait déjà :« O Dieu, comme tu es éclatant de lumière » !
                        Jésus nous dit aujourd’hui : « Vous êtes, vous aussi, la lumière du monde ». Le psalmiste l’avait entrevu (117,5) : « le Seigneur est le seul Dieu. Il nous a éclairé de sa lumière ». Cette lumière nous enveloppe et nous transforme et par nous se diffuse.

Quand je vivais un temps de partage sur cet Évangile, un chrétien du groupe a dit : moi je n’ai pas d’ennemis. Serait-il arrivé à la perfection ? Personnellement, quand quelqu’un me dit ne pas avoir d’ennemis, ça m’inquiète ! Cela veut dire que cette personne a besoin d’une paire de lunettes ! Jésus nous invite à d’abord ouvrir les yeux sur nous-mêmes. Il est difficile de reconnaître un ennemi extérieur, et tout autant difficile de reconnaître notre ennemi intérieur.

            L’Amour a des ennemis ! Si une personne, un groupe ou un gouvernement lèse ou violente d’autres que nous, trop souvent nous préférons les ignorer. C’est plus simple ! On ferme les yeux, les oreilles et la bouche, comme les 3 petits singes ! Notre premier ennemi, c’est nous-mêmes. Jésus nous invite à sortir de l’aveuglement. Alors Jésus nous invite à regarder vers le Père. On dit que Dieu est juste, donc qu’il juge nos actions et on dit que Dieu est bon, pour ne pas dire « bonasse » et qu’il passe l’éponge ! Regarde Dieu, dit Jésus. C’est par ce qu’il est bon, qu’il est juste et parce qu’il est juste, qu’il est bon. Il connaît nos limites, mais ne nous accable pas. Il veut nous en délivrer, progressivement. L’important c’est que nous empruntions le chemin de l’amour.

            Regarde vers le Père et accueille son amour pour toi. Ensuite tu pourras le partager à celles et ceux qui croisent ton chemin. « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tend lui encore l’autre », dit Jésus. D’habitude on tend la joue pour recevoir un baiser ! Si on te gifle, recommence, dit Jésus ; mais pas avec la joue tuméfiée, car tu mettrais la personne en face de son péché. Tends l’autre joue, dit Jésus. C’est-à-dire, croit que cette personne a le pouvoir de t’embrasser, quoi qu’elle ait fait auparavant. C’est là le chemin pour aimer comme Dieu nous aime ! Là, tu vois bien, que le véritable ennemi à faire taire est en toi.

            Thérèse de Lisieux disait : « j’ai tout donné, légèrement je cours ! Je n’ai plus que ma seule richesse : aimer toujours ». À ceux qui reconnaissent leur impuissance, Dieu donne sa force : des torrents de grâces !

Dimanche 2 février 2020

 Malachie 3,1-4 et Luc 2,22-40.

                                    D’abord, une petite mise au point ! Les Évangiles ont été écrits après la Pâque du Christ. Les premières communautés chrétiennes relisent à la lumière de Pâques, les événements qu’on leur a apportés. Ces récits ne sont donc pas un reportage sur ce qui se serait réellement passé ; mais ils veulent nous dire quelque chose de la foi chrétienne, de la fin du premier siècle, jusqu’à aujourd’hui. La présentation de Jésus au temple, conformément à la tradition juive, si elle a eu lieu, personne ne sait comment et ce n’est pas le plus important de le savoir.
            Aujourd’hui, nous fêtons la Chandeleur ! À l’époque des Romains, il s’agissait d’une célébration en l’honneur du dieu pan. Toute la nuit on parcourait les rues de Rome, en agitant des flambeaux. En 472, le pape Gélase premier a christianisé à cette fête, en la faisant coïncider avec la célébration de Jésus au temple. La bénédiction traditionnelle des cierges avant la messe, d’une certaine manière anticipait la procession de la nuit pascale.
          Dans l’empire romain, on célébrait ce jour le milieu de l’hiver, pour signifier que la lumière grandit, à partir du solstice. À Noël on a annoncé que Dieu s’est fait homme. L’ancien Siméon nous dit pourquoi, il s’est fait homme.

Aujourd’hui, dans les bras de Marie, le Seigneur entre dans son temple. Il est chez lui, c’est lui qu’on y adore. Nous sommes à une époque où l’on n’avait pas de lunettes pour corriger la vue de celles et ceux qui prenaient de l’âge ! Et pourtant, ce sont 2 anciens, dont la vue baisse, qui vont le reconnaître. Ce jour-là, Dieu n’est pas derrière l’autel du sacrifice, il se présente, comme Jésus dira plus tard : « c’est la miséricorde que je peux, non le sacrifice » (Matthieu 9,13).

            Le premier ancien, Siméon, est un homme du premier testament. Il est juste et religieux, note Luc. Il attendait la « consolation d’Israël », annoncée par les prophètes de l’exil et l’Esprit Saint était sur lui. C’est cet ancien, qui nous fait passer de l’ancienne au nouveau testament. La première alliance s’achève : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la terre, selon ta parole ».        

            Le 2e ancien est une femme. Elle est prophète, ce qui n’est pas la norme dans la Bible ! Elle ne s’écartait pas du temple note Luc. C’est une Israélite parfaite. On dirait aujourd’hui, quel est féministe ! Elle participe au culte, même la nuit, alors que cela était réservé aux hommes ! D’une certaine manière, elle occupe les mêmes fonctions que l’homme, note Luc. Le pape François disait : « Dieu n’est pas un dieu des habitudes, c’est un Dieu des surprises » !
En présentant leur enfant au temple, Marie et Joseph satisfaisaient à un rite ancestral. Ils étaient tournés vers le passé. Ce sont ces 2 anciens, qui vont leur ouvrir ‘l’avenir
          Avec Anne et Siméon, nous sommes aujourd’hui, invités à rendre grâce. Dieu est là, dans sa Parole et dans le pain et le vin consacré. Oui merci Seigneur pour tout ce que tu as déjà fait pour nous et regarde aujourd’hui nos attentes dans ce que nous vivons. Sois notre lumière.

Dimanche 26 janvier 2020

3° ordinaire A
Matthieu 4,12-23.

                                               Jésus est en marche ! Des 4 évangélistes, Mathieu est celui qui insiste le plus sur les déplacements de Jésus. Jésus avait rencontré Jean le Baptiste en Judée, maintenant il se retire en Galilée et plus tard il passera dans la région de Tyr et Sidon. Aujourd’hui, Jésus vient habiter capharnaüm. C’est une sorte de ville frontière, qui est appelée : « carrefour des nations ».

            À la fin de l’Évangile, Jésus demandera ses amis, d’aller aussi « dans toutes les nations ». Nous sommes aussi un peuple en marche ! Chaque instant est une traversée entre un moment et un autre. En venant aujourd’hui à l’église, vous avez quitté votre ordinaire et le poids de la semaine et nous repartirons vers tout à l’heure et demain, sans savoir exactement ce qu’ils nous réservent ! Nous sommes tous des marcheurs ! C’est ce que constatait Brassens, avec beaucoup de nostalgie : « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, j’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre » !

                La vie est un voyage. Nous sommes des gens du voyage ! Le pire mal, qui puisse nous arriver, c’est de tourner autour de nous-mêmes 

! L’Évangile regarde en avant. Jésus veut rejoindre celles et ceux, qui ploient sous les épreuves de la vie, qui ne voient plus la lumière. Et il y en a autour de nous, des gens qui marchent dans les ténèbres ! Il y a des situations intolérables. À l’époque j’ai été à Calais, avant que soit démantelé ce que l’on appelait « la jungle » ! Mais aujourd’hui des campements sauvages se créaient à Paris et ailleurs. Il y a quelques mois j’ai rencontré Laure, environ 30 ans, qui habite la rue, aujourd’hui à Annecy et qui 3 jours après avoir reçu le RSA, se retrouve sans rien, car les SDF l’on fait boire, pour la détrousser. Et il y a Maéva, malvoyante, qui vit dans la voiture de son père, car ils ont été renvoyés de leur appartement. Et pourtant c’est l’hiver ! Et dans notre ville, Paul, victime « d’un marchand de sommeil » vit dans un studio, dans les combles d’un immeuble où il n’a que 14° en ce moment, alors qu’il étouffait avec 45° cet été… Et certains parmi vous pourraient continuer à alimenter cette liste.

            Jésus, comme hier, veut rejoindre ces hommes, ces femmes et ces enfants. Isaïe disait : « le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière » ! Marcher pour un carburant moins cher, ou pour une retraite décente, c’est bien. Mais quand donc marcherons-nous pour celles et ceux, qui vivent dans les ténèbres ? Aujourd’hui, c’est toi, qui est porteur du Christ et de sa lumière. La conférence de Saint-Vincent-de-Paul, dont je suis un des prêtres accompagnateur, fait plus que d’offrir un colis de denrées alimentaires, aux plus démunis. Elle les fait exister, par une présence fraternelle d’écoute. Le pire mal, qui puisse nous arriver, c’est de tourner autour de nous-mêmes !

            Nous sommes ce peuple, dont parlait Isaïe. Nous avons trouvé la lumière, ou plutôt, c’est la Lumière qui nous a trouvés. Que le seigneur, en cette eucharistie, affûte notre regard sur le monde et sur les hommes. C’est par son regard que, que Jésus a allumé le feu à un groupe d’hommes attelés à la peine, nous dit l’Évangile. Se tourner vers les autres, les voir, c’est déjà entrer en humanité et cette humanité, c’est là où Dieu règne.

Dimanche 19 janvier 2020

2° ordinaire A
Jean 1,29-34.

                                    Le premier point, qui me touche dans cet Évangile, c’est le regard de Jean le Baptiste. L’évangéliste note : « Jean voyait Jésus venir vers lui » … En regardant, Jean fait attention à chaque personne. C’est un peu le regard de l’ami de la famille en face du nouveau-né, qui dit à tous : soyez heureux, ce petit homme ira loin ! On est loin du regard de celui, ou celle, qui te serre la main, sans te voir, car son regard est déjà tourné vers la personne, qu’il va saluer après toi ! Nos regards sont parfois pauvres et limités.

            Le regard de Jean le Baptiste, qui sera aussi celui de Jésus, tout au long de l’Évangile, doit nous interpeller aujourd’hui. Ce regard témoigne de la qualité de présence de Jean le Baptiste à son quotidien. C’est aussi un regard, qui le décentre de lui-même. Ses disciples le regardaient comme une icône, et il va leur révéler qu’il voit parmi eux celui, qui est plus grand que lui. Et de ce fait il invite ses disciples à affiner leur regard. Jean le Baptiste voyait l’invisible, comme ce sera le cas du centurion romain, qui, au pied de la croix, s’écrira : « Cet homme était vraiment le fils de Dieu » !

                                    Et Jean le Baptiste va dire autour de lui, ce qu’il voit et que les autres ne voient pas : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » ! En regardant Jésus venir à lui, il voit le Christ, épousant la misère humaine pour la sauver.

 

Mais, quel est cet « Agneau de Dieu » que voit Jean le Baptiste ? Est-ce l’agneau Pascal, immolé, en mémorial de la libération du peuple esclave en Égypte ? Ou est-ce l’agneau immolé et vainqueur décrit dans le livre de l’Apocalypse (5,6 et 12) ? Ou est-ce l’agneau qui n’ouvre pas la bouche, alors qu’il est conduit à l’abattoir, comme l’entrevoit le prophète Isaïe (53,4) ?

            Quand Saint-Jean écrit son Évangile, depuis 70 ans la communauté des croyants vivait l’Eucharistie. C’était pour eux, comme pour nous, le mémorial de la Pâque du Christ. En recevant le corps et le sang du Christ en communion, ils reconnaissaient l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Avant la communion, à chacune de nos messes, le prêtre reprend l’interpellation de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Et il communie le premier, en nous invitant à faire de même, en épousant son regard, qui voit l’invisible.

                                    En conclusion : le Christ est vivant et ne cesse de grandir en chacun de nous et dans le monde. Demandons-lui aujourd’hui de nous éclairer, comme il l’a fait pour Jean le Baptiste et de nous donner d’être aujourd’hui, comme lui, témoins de sa Présence et de son Amour.

Dimanche 6 janvier 2019

Epiphanie : Matthieu 2,1-12

                                    Nous fêtons aujourd’hui l’Epiphanie. Voilà un gros mot étranger à notre vocabulaire ordinaire ! Les gens du monde gréco-romain, avec ce terme, désignaient l’apparition secourable d’une divinité et parfois aussi la venue triomphale du souverain, dans leur ville. Saint-Paul, dans sa lettre à Tite (2,13) utilise ce terme à propos de la naissance de Jésus à Bethléem et quand il annonce sa deuxième venue dans la gloire à la fin des temps. En Orient, au quatrième siècle, on considéra la fête du baptême du seigneur, comme une épiphanie. L’épiphanie que nous célébrons ce jour est la manifestation du Christ aux nations. L’épiphanie de Noël était la manifestation de Dieu Sauveur à quelques bergers, marginaux de la société. Aujourd’hui, c’est la manifestation du Christ aux yeux du monde et même des nations païennes. Nous, aujourd’hui, faisons partie de ces nations…

                                    Ce récit d’évangile, que nous venons d’entendre, est une parabole ! La première communauté chrétienne voulait ainsi nous dépeindre l’aventure spirituelle du croyant de tous les temps. On peut relever trois actions des Mages :

            1) L’adoration ! Les mages cherchaient le Seigneur des seigneurs. Et qu’est-ce qui leur est donné à voir ? Un enfant sur la paille ! Voilà qui est déroutant et aurait pu les décourager ! Mais non, ils vont s’agenouiller et adorer Jésus, qu’ils reconnaissent comme celui que le monde attendait… Dans la vraie vie, ce migrant que nous croisons, ce « gilet jaune » qui n’arrive pas à boucler ses fins de mois et qui nous ralentit, ce pauvre qui mendie à la porte de notre église… tous ces gens sur la paille… Est-ce que cela nous amène à l’adoration ? « Ce que vous avez fait à l’un de ses petits, c’est à moi que vous l’avez fait » dit Jésus (Matthieu 25) !

 

2) L’offrande ! Toujours l’adoration conduit à l’offrande. C’est ce que font les mages… Les mages nous renvoient à nous-mêmes, nos misères, nos biens, nos talents ! Qui n’a pas ses propres misères ? Et qu’est-ce que j’en fais ? Je peux les ruminer, jusqu’à agacer mon entourage. Cela se passe alors, comme quand dans le plat que tu cuisines il y a un peu de piment ! Plus tu réchauffes le plat, plus le plat devient piquant. Et tu deviens de plus en plus malheureux, ainsi que celles et ceux qui t’entourent, bien que tu leur dises : « je ne souhaite à personne, ce que l’autre m’a fait » … « Ta misère, elle regarde le seigneur. Les autres attendent ta joie », disait Saint-François-d ’Assise ! L’offrande c’est se désapproprier de soi-même et s’ouvrir à l’action de Dieu. Au quatrième siècle, Saint-Jean Chrysostome disait : « Avant d’adorer… décharge toi, de tout ce qui t’encombre » … Quelle belle offrande ! C’est l’offrande de notre petitesse, qui plaît à Dieu !

            3) Lève-toi et marche ! Bethléem, c’était bien ; mais les mages vont se remettre en marche. Ils vont revenir dans leur pays et devenir témoins de cette bonne nouvelle. Voilà que le message déborde les frontières d’Israël. Cela devient un message universel.

                                    Cette eucharistie nous met en marche ! Comme les mages recueillons les signes qui nous sont donnés au quotidien, afin que toute notre vie témoigne que Emanuel, Dieu, est là au cœur de notre vie. Le corps du Christ est là, dans le plus petit de nos frères.